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Partie en Learning Expedition en mars 2014, Carine exprime un enthousiasme débordant pour cette expérience, qui fut la première du genre pour elle. Ce recul de 2 années met aujourd’hui en exergue la force de ces learning expeditions et du process de changement personnel et collaboratif sur le long terme, surtout quand la volonté de faire bouger les lignes devient un impératif dans une société industrielle traditionnelle de la métallurgie.

LG : Carine, pouvez-vous nous présenter votre société ?

CC : Depuis 4 générations, Lambert-Manufil est spécialisée dans le fil d’acier. Nous concevons des produits tréfilés (fils et pointes) et sommes aussi distributeur d’une marque belge de grillage et de clôtures sur la zone Bretagne / Pays de la Loire. Nous disposons d’un site industriel de 7 ha, dont 20 000 m2 couverts. Lambert-Manufil emploie une soixantaine de personnes au total et réalise un chiffre d’affaires de 13 M€ (2015). Nous commercialisons nos produits dans toute la France auprès d’une clientèle d’industriels (BTP, fabricants de présentoirs métalliques, consommables…) et auprès des négociants et de quincailleries. Je suis arrivée aux côtés de mon père en 2002 dans l’entreprise et ai pris l’animation en 2009.

LG : Qu’est-ce qui vous a donné envie de partir ?

CC : Je n’étais jamais allée aux USA. En 2014, j’étais déjà membre du CJD où j’ai pris goût à un mode de réflexion prospective, propre à ce mouvement. Le président du CJD Nantes a lancé l’idée de partir en Californie. Je me suis tout de suite inscrite car j’étais sur les rangs pour devenir la nouvelle présidente avec l’idée d’axer ma vision sur les nouveaux modèles. J’avais aussi participé au Web2Day de Nantes et la soirée introductive m’avait fortement intéressée : « De la vieille économie aux sweats à capuche ». Tout un programme ! J’aime par ailleurs tout ce qui est digital et j’ai pris conscience que de rapprocher les deux mondes n’était pas antinomique.

Au titre de l’entreprise, nous étions dans une phase difficile, car notre secteur industriel est très chahuté par des pays à bas coût de main-d’œuvre. Je me posais des questions sur la digitalisation de Lambert-Manufil et sur la façon d’entrer plus concrètement dans la transition énergétique car nous avons une activité très énergivore. Par ailleurs, je me suis documentée en lisant par exemple l’ouvrage de Rifkin « La 3ème Révolution Industrielle ».

LG : Quelle a été votre première impression à San Francisco ?

CC : En premier lieu, c’était déjà très chouette de pouvoir partir ensemble. Mon premier jour m’a marqué car nous sommes allés voir AirBnB. Nous étions tous décalés et moi en particulier, en provenance de mon usine du 19ème siècle. J’avais l’impression de passer du premier millénaire au troisième en une visite !!! Par exemple, je ne voyais pas comment créer les conditions de la créativité en modifiant le décor ; décor qui était complètement improbable pour moi chez AirBnB. Puis, au fil de la semaine, j’ai pris conscience des choses. Et j’ai adoré la façon dont chaque journée était préparée par l’équipe RealChange. Les debriefings ont été essentiels pour fixer les idées et les concepts. Chaque visite avait un thème et le dernier jour le debriefing général avec la synthèse ont été très révélateurs. Toutes les grandes idées que j’ai retenues, je les ai mises sur des affiches en revenant en France: ces affiches sont dans mon bureau ou dans la salle de réunion : « les idées viennent souvent de la simplification », « le client est le héros », « l’innovation ne prend pas de rendez-vous », « les 3 P : People, Planet, Profit », « Vendre l’usage du bien et non plus le bien lui-même »…

LG : Quelles ont été les réactions dans votre entreprise ?

CC : Les petites phrases affichées ressortent régulièrement dans les séminaires d’équipe, les réunions. On parle d’échec et de rebond. Au tout début, à mon retour, j’ai eu une période de blues car on a envie de raconter ce qu’on a vécu et l’expérience n’est pas facile à faire partager. D’autant que la semaine où je suis revenue dans l’entreprise, nous avons eu un problème technique (2 jours sans électricité dans l’entreprise). Le grand écart avec San Francisco a été compliqué. Comme nous étions plusieurs participants nantais dans cet état d’esprit, nous avons organisé une plénière « Retour du voyage de San Francisco ». On a bossé sur des supports et on a partagé cette plénière sur place, nous avions ramené des films avec nous, montés par Thierry Ferey. J’ai fait participer les membres de mon comité de direction à la soirée. Sur cette base, cela a permis de partager en témoignages et en images, en tirant les enseignements avec la complicité de nos collaborateurs d’entreprise.

LG : Qu’avez-vous mis en place au sein de Lambert-Manufil, industrie traditionnelle ?

CC : Sur la partie Clients, j’avais retenu le storytelling. On a donc travaillé le sujet et l’occasion de nos 90 Ans a été un bel exercice pour appliquer la technique. Nous avons tout préparé en équipe, ce que je n’aurais pas fait avant : 12 volontaires – on se réunissait tous les mois et chacun donnait ses idées et prenait en charge. On a fait circuler un cahier dans toute l’entreprise avec 3 mots à mettre pour qualifier l’entreprise, une phrase qui décrit Lambert-Manufil et le meilleur souvenir à partager. On a ainsi créé de l’attachement et une communauté autour de ces supports et d’un film qui parle de nos produits, mais également et surtout de nous. Le jour de l’anniversaire, nous étions 400 personnes : collaborateurs et conjoints, clients, fournisseurs… Les commerciaux se sont pris au jeu en racontant l’histoire de l’entreprise au téléphone. Cela m’a libérée, cela a libéré les équipes pour travailler en mode projet. Ensuite, on a refait le site internet, on a créé une page Facebook : les clients s’y intéressent et ils likent. Les prochains projets ciblés sont un réseau social interne et une salle de détente. On a revu les espaces de convivialité et organisé une journée Grands Travaux : j’ai fait fermer l’entreprise 1 journée. C’était avant l’anniversaire, tout y est passé : les espaces verts, les vitres, le nettoyage, la peinture… Tous les collaborateurs ont mis la main à la pâte. Cet anniversaire a été très révélateur des bonnes volontés dans l’entreprise.

LG : Quel a été l’impact sur le management ?

CC : sur le management et le collaboratif, on a beaucoup avancé. J’ai mis en place un comité de direction en demandant aux participants ce qu’ils en attendaient. On ne s’est pas interdit de revoir l’organisation au fur et à mesure. «Do it » : on fait et on s’adapte ! « L’idée n’est rien, tout est dans l’exécution ».

J’avais retenu qu’il fallait donner du sens aux actions. Aujourd’hui, comme le sens est donné, j’ai des idées de collaborateurs. Avant, ils n’osaient pas s’exprimer ou on ne leur demandait pas ! Je sens plus de retours sur tous les publics et en particulier les plus récents dans l’entreprise: ils proposent et ensuite on décide. Il y a des personnages qui se révèlent : ceux que j’ai sollicités dans le comité de direction par exemple. En leur demandant de rédiger leur fiche de mission eux-mêmes, je me suis aperçue qu’ils étaient prêts à aller loin dans l’engagement.

Sur ce thème du management, j’avais bien aimé cette idée de pitch car j’aime aller droit au but. Lors d’une réunion, j’ai partagé cela : le client doit avoir les mots clés, les idées clés. J’ai demandé à 3 personnes de préparer un pitch et nous avons noté, confronté nos idées puis construit un pitch idéal. Désormais, nous avons un pitch de référence avec des messages clés et commun à tous.

J’ajouterai que sur la partie Produits, le « do it » a aussi eu son effet : on n’est pas obligé d’avoir le produit idéal pour le lancer. On développe, on teste auprès de clients sur une certaine période, on ajuste. Cela permet de se renouveler plus rapidement.

Le prolongement, c’est la digitalisation de l’entreprise. A San Francisco, c’est complètement intégré. Ce qui n’était pas le cas ici ! La décision a été prise de mettre en place un réseau social d’entreprise, de refaire les sites internet, d’équiper nos commerciaux en tablettes et de concevoir un catalogue interactif : chez les clients, on peut leur montrer la fabrication, la façon dont le produit est traité. Le client est surpris : cela frappe les esprits et change l’approche du rendez-vous. J’incite par ailleurs les collaborateurs à avoir leur profil : sur Viadéo, Linkedin, Facebook… Tout ce qu’on a vu à San Francisco, c’est comme une vague de fond… l’évolution s’impose. Si on ne le fait pas, on risque de tout perdre.

LG : Ce voyage a généré beaucoup de changements personnels et professionnels, Carine…

CC : C’est vrai. Et j’ai aussi été bouleversée par différentes visites ou par différentes observations. J’ai été frappé par le grand écart entre les très riches et ceux qui dorment dans la rue. J’ai été émue aux larmes en écoutant une jeune femme raconter son histoire à Delancey Street Foundation : j’y repense souvent. Dans un moment de difficulté, je n’oublie pas que la condition du rebond est aussi le groupe : compter sur soi mais aussi compter sur les autres. J’ai été particulièrement intéressée par le mode d’apprentissage des étudiants de Stanford, la relation avec les professeurs, l’imbrication avec le monde professionnel : les gens les plus riches de la planète participent au process de formation. J’ai été touchée aussi par la confiance donnée aux jeunes : ce n’est pas le diplôme mais surtout l’idée et la personnalité de celui qui lance le projet qui font la différence. En clair, j’ai ressenti un vrai vent de liberté pour entreprendre.

LG : Quelle est votre vision de la Californie aujourd’hui ?

CC : En fait, le « Tout est possible » a changé ma vision des américains. Je trouvais le « on peut changer le monde » très présomptueux. Finalement, c’est candide mais fort de convictions, ce qui leur donne des ailes. Je n’oublie pas non plus de regarder autrement ce qui se passe en France, dans la région Pays de la Loire. Dans le domaine de l’écologie, nous sommes plus en avance qu’eux par exemple. Mais ils ont un avantage : ils savent le mettre en avant, le vendre mieux que nous !

Merci Carine.

Pour en savoir plus :

www.lambert-manufil.com

www.cjd-nantes.fr – Carine est présidente de la section Nantes du CJD.

Entretien mené par Laurence Gilot.

 

Quelques exemples d’affiches réalisées par Carine à son retour :

Phrases SF CLIENTS

Phrases SF MANAGEMENT

Phrases SF NOUVELLE ECONOMIE

Phrases SF OSER ENTREPRENDRE

Phrases SF WEB

By | 2019-07-08T21:19:00+01:00 avril 26th, 2016|Actualités, Témoignages|0 Comments

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Communications Lead for RealChange Network / Stratégie de communication & Contenus éditoriaux for Com & Tell

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